[Critique] T2 – Trainspotting

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Vingt ans après le choc que constituait le premier Trainspotting, Danny Boyle reconstitue son équipe de sympathiques junkies pour faire le bilan. Le fix de trop ?

Réaliser une suite à un film comme Trainspotting induisait de nombreux risques. En plus de son statut d’œuvre culte des années 90, le premier opus se démarquait par un rythme effréné et un subtil mélange d’humour et d’irrévérence sur fond de sujets graves. À l’époque injustement comparé à des films comme Orange Mécanique, notamment à cause d’une forme de nihilisme face au fonctionnement de la société, le long-métrage était l’archétype de l’œuvre qui se suffisait à elle-même.


Danny Boyle se savait donc attendu. Le britannique a d’ailleurs fait beaucoup d’efforts pour ne pas tomber dans les poncifs de ce genre d’exercice. Devenu clean, Renton décide de revenir dans sa ville d’Édimbourg pour y revoir ses anciens compères, Sick Boy (Jonny Lee Miller) et Spud (Ewen Bremner). Poussé par une forme de repentance, il tient à rembourser et venir en aide à des amis qu’il a trahi une vingtaine d’années auparavant, en les délestant de quelques milliers de livres sterling.


La première partie du film fait plutôt honneur à l’énergie de son aîné. Le montage est ultra dynamique et les plans sont inspirés. Cette profusion d’images fait l’effet d’un rush, sans pour autant lorgner avec nostalgie sur l’œuvre originale. Effrayé par la comparaison, Boyle refuse de calquer le même scénario deux décennies plus tard. C’est tout à son honneur, mais cela ne fonctionne pas sur l’intégralité du film, malgré une bande-son inspirée.

C’est devenu une habitude, mais Boyle joue beaucoup avec les couleurs primaires et la lumière. Celle-ci est saturée et irradie souvent l’image en extérieur. Comme dans Slumdog Millionaire et Trance, les teintes alternent entre le bleu et le rouge renforçant l’aspect onirique de certaines scènes. Le cadrage est constamment resserré sur les personnages, comme s’ils étouffaient dans leur nouvelle vie plus (ou moins) rangée. L’ensemble est donc visuellement réussi, et sied à ces personnalités un poil dérangées.

Le film conserve un ton pessimiste entrecoupé de scènes plus légères. Elles sont certes plus rares, mais Boyle réserve quelques moments d’humour très british. On pense notamment à une scène se référant à la Bataille de la Boyne, où les protestants avaient défait l’armée catholique de Jacques II d’Angleterre. L’occasion de constater que le duo composé par McGregor et John Lee Miller fonctionne encore. Entourée de ces fortes têtes, Anjela Nedyalkova, qui incarne le seul personnage féminin de la bande, n’arrive jamais à exister.

Attendu au tournant, le laïus basé sur « le choix » qui avait rendu le premier film célèbre sonne plutôt creux aujourd’hui. Si le message originel résonnait comme un cri de révolte contre l’économie de marché, il est ici mâtiné de références aux réseaux sociaux un peu attendues. Il dénonce certes la superficialité de notre monde, mais sert surtout de matériau principal à la bande-annonce. C’est dans ces moments, plutôt agréables par ailleurs, que l’ombre du premier opus se met à planer dangereusement au-dessus de cette fine équipe.

Cette entame plus qu’honnête laisse entrevoir une seconde partie du même acabit, d’autant plus qu’elle met en avant le très impulsif Begbie. Toujours interprété par l’excellent Robert Carlisle, ce personnage ultra violent a suivi la destinée carcérale qui lui tendait les bras, sans oublier l’entourloupe de son ancien compère. Malgré une scène de rencontre fortuite plutôt enlevée, cette course-poursuite perd rapidement son souffle. Plus dommage encore, elle se télescope avec l’histoire de Sick Boy, qui se met en tête de gagner de l’argent en ouvrant un semblant de lupanar.

En multipliant les histoires, Boyle perd peu à peu le fil de son récit. Il multiplie également les références à l’histoire du premier épisode, ce qui pourra perdre les nouveaux venus ou ceux qui ne l’ont pas vu récemment. Ces divagations scénaristiques l’empêchent de vraiment se plonger sur l’évolution de ses personnages depuis toutes ces années. Leur fougue s’est peu à peu étiolée. Alors que les rebelles de 20 ans fascinaient, ces loosers quarantenaires frisent parfois le second rôle d’un film de Guy Ritchie.

On peut bien sûr en déduire que rien n’est éternel, surtout pour d’anciens drogués, mais on aurait aimé que Boyle livre une analyse un peu plus profonde sur ces personnages pourtant hauts en couleur. Il y arrive à peu près avec Spud, en utilisant l’écriture comme porte de sortie à l’addiction et clin d’œil ultime à l’œuvre d’Irvine Welsh. Ce n’est hélas pas le cas pour le reste de la bande.

Bien réalisé, Trainspotting 2 n’arrive pourtant pas à retrouver l’incandescence du premier opus. Malgré une première partie maîtrisée, et le plaisir évident de retrouver cette fine équipe, le film se perd en digressions inutiles après une heure. En évitant de singer son œuvre culte, Boyle a fait un choix judicieux, mais a du mal à s’y tenir. On profite toujours de quelques scènes bien senties, mais ces hurluberlus auraient mérité une réflexion plus dense.



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