[Critique] La Planète des Singes – Suprématie

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La Planète des Singes – Suprématie vient conclure une trilogie débutée il y a six ans déjà. Cet ultime opus, très attendu après deux films de qualité, arrive-t-il vraiment à maintenir la saga à flot ?

La trilogie est un format apprécié des studios, comme le montre la majorité des sagas grand public des années 2000. Héritière d’un film visionnaire, la franchise de la Planète des Singes a pour l’instant réussi à convertir l’essai en suivant un arc narratif certes attendu, mais particulièrement solide. L’occasion de se focaliser sur le destin du singe César, et de découvrir sa lente montée en puissance, faite de guerres intestines entre primates et humains.

La fin du second opus laissait d’ailleurs entrevoir la teneur du dernier acte, clairement orienté vers un conflit de grande ampleur. Comme Matrix ou le Seigneur des Anneaux avant lui, la « nouvelle » Planète des singes se conclurait dans un déluge guerrier. Matt Reeves, en charge de la saga depuis le deuxième épisode, a pourtant réussi à éviter cet écueil en peaufinant ce qu’il avait entamé dans L’Affrontement : l’écriture de ses personnages.

Conscient de la teneur de son sujet et du public visé, l’Américain parsème malgré tout son film de phases d’action haletantes. En témoigne une scène d’ouverture impressionnante, qui prouve que la modélisation des singes a encore progressé. Hormis quelques déplacements un peu mécaniques, l’impression d’assister à une bataille entre l’homme et l’animal est prégnante. Cette altérité est renforcée par la photographie de Michael Seresin, qui oppose souvent complexes militaires austères et grandes étendues de nature.

Au-delà d’une mise en scène dynamique, le travail des équipes de Weta Digital repousse les frontières de la motion capture. Sans jamais abandonner leur animalité, les chimpanzés laissent transparaître une palette d’émotion encore plus subtile. César et sa garde rapprochée sont d’ailleurs les meilleurs ambassadeurs de ce travail colossal.

Une fois n’est pas coutume, Andy Serkis arrive à insuffler une gravité bienvenue à son rôle. Chacune de ses expressions, même légères, sont retranscrites sur le visage simiesque du héros. Sa partition se veut plus sombre, car intimement liée à la vengeance, sentiment profondément humain. Le personnage ne nous a d’ailleurs jamais autant ressemblé. C’est avant tout grâce à l’exploration de cette ressemblance entre les races que Matt Reeves arrive à élever son film plus haut qu’un simple divertissement.

Alors que l’épisode précédent lui opposait un autre singe, l’antagoniste principal est désormais un colonel sanguinaire qui fait appliquer des lois martiales pour une soi-disant protection de sa race. Si le message politique peut sembler très lourd, le réalisateur arrive à nuancer son propos. Notamment en évoquant le sort de primates ayant choisi le camp adverse, ou en rappelant que l’homme est avant tout un loup pour l’homme. Bien qu’il soit un meurtrier, le colonel a comme César vécu la perte d’un être cher. Cette précision dans l’écriture, devenue assez rare dans le blockbuster, permet d’éviter le manichéisme aseptisant inhérent à ce type de production. Le spectateur se reconnait bien sûr dans les singes, mais le comportement humain ne lui est pas étranger.

À travers le traitement des primates, la deuxième partie du film insiste en sous-texte sur notre condition. Parqués dans un camp, les singes sont réduits aux travaux forcés jusqu’à épuisement. Le parallèle entre ce qu’ils vivent et le sort de millions d’êtres humains depuis des siècles est évident, et nous rappelle que certains pans de notre histoire sont décidément voués à se répéter. Avec finesse, l’apparition d’un singe de zoo apprivoisé souligne notre penchant presque naturel pour l’esclavage du corps des animaux. On y décèle également le début d’un intéressant message écologique, mais ce personnage n’est hélas pas assez exploité.

C’est ce moment que choisit Reeves pour redonner du rythme à l’ensemble, en lorgnant gentiment sur La Grande Évasion voire le premier épisode de la saga. Les références sont certes déjà vues, mais le prisme de l’animalité leur redonne de la fraîcheur.

Châtié en exemple, il fait de César une figure quasi-christique tandis qu’une grandiose échappée s’organise. Le film ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de souligner que le salut vient d’autrui, en utilisant la célèbre figure de l’enfant humain comme message d’espérance. De l’espoir, le réalisateur qui s’occupera du reboot de Batman vient de nous en redonner, en signant le meilleur film de la trilogie.

Derrière ses atours de film grand public calibré au millimètre, La Planète des Singes – Suprématie ne cède pas à la facilité. Il vient conclure une trilogie qui ne s’est jamais moquée du matériau originel de Schaffner, tout en offrant une vision nouvelle du mythe, magnifiée par des effets spéciaux étonnants. Ce troisième opus ne se contente pas de mettre en scène une guerre attendue ; il interroge assez habilement son personnage principal sur ce que signifie être humain. On peut certes déplorer que certains personnages ne soient pas assez mis en avant, mais on oublie vite ces quelques écueils devant la maîtrise d’Andy Serkis et sa troupe. Ne cherchez plus : Le blockbuster de l’été est bien là. Mais pour une fois, il a vraiment quelque chose à raconter.



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