[Alors on regarde?] Titans saison 1 : un show pas vraiment teen


Alors pour celles et ceux qui pensent que les Titans c’est les méchants du dessin animé Hercule (une référence glissée juste pour vous mettre la chanson dans la tête), une petite piqûre de rappel s’impose. La série est une adaptation live du groupe Teen Titans, une bande de « jeunes » super-héros dans lequel on retrouve, du moins ici, Robin débarrassé de Batman, Raven la fille du démon Trigon, Beast boy et Starfire.

Évidemment, pas encore de petits surnoms dans le show, sauf pour Robin, caution « connue » de l’équipe, puisqu’on se situe dans l’origin story rigoureuse, cette saison 1 tournant tout particulièrement autour de Rachel – future Raven – et sa généalogie. À noter que la série est produite et co-créée par Greg Berlanti, à qui on doit le Arrowverse, et par Geoff Johns, grand ponte des comics bossant désormais pour la branche super-héroïque de Warner. Bref, sur le papier, Titans était entre de bonnes mains.

Mais revenons à nos moutons. Si le show met en scène des adolescents et des jeunes adultes, on est frappés par le ton mature de l’ensemble très très loin du Green Arrow et de ses copains de la CW. Tout au long des onze épisodes (contre douze prévus initialement, là aussi, on y reviendra), Titans s’appliquera ainsi à développer des personnages en plein tourment, chacun tentant de savoir qui il est au plus profond de lui alors qu’il fait face à des situations extrêmes.

Si Rachel (Teagan Croft) est au centre du récit, Dick (Brenton Thwaites) doit trouver sa voie loin de Batman, Kory (Anna Diop / Starfire) part en quête de sa mémoire disparue et Gar (Ryan Potter / Beast Boy) cherche à définir sa nature, homme ou animal. Certes, la série questionne inévitablement sur le passage à l’âge adulte, mais interroge aussi sur la nature humaine et sur l’usage de nos capacités. Entre héros ou criminel, la ligne est fine et les Titans ont encore du chemin à parcourir avant de s’appeler la Young Justice.

Titans en met plein les dents

Forcément, les problèmes existentiels de nos surhumains et de Robin – dont le pouvoir est de maintenir en vie les autres, dixit lui-même – s’accompagnent d’instants violents et sanguinolents pour bien montrer qu’ils ont beau être jeunes, ils ont passé l’âge de jouer aux billes (encore que, il n’y a pas d’âge pour jouer aux billes). Dès le premier épisode, on est plongés dans un univers particulièrement noir et il suffit qu’un Dick Grayson masqué entre en scène pour que les os cassent, et que le sang se déverse.

Aux combats trop chorégraphiés, la série privilégie l’efficacité par une brutalité expéditive. Certaines séquences d’action viendront contredire ce schéma durant la saison, mais elles restent rarissimes. Les autres ne sont pas en reste et les corps brûlent, se font dévorer, possédés… la caméra montre la violence de nos « héros » et de leurs adversaires plein champ, histoire de brouiller davantage la frontière entre les deux. Finalement, les motivations diffèrent, mais les méthodes se veulent plus d’une fois similaires.

D’autant qu’au-delà des scènes d’action, l’ambiance se retrouve dans l’image avec une préférence pour la nuit, le brouillard ou les zones sous-éclairées. Peu surprenant que le scénario ait choisi des villes comme Detroit ou Chicago pour y situer des parties de l’histoire. Une atmosphère orageuse qui n’épargne pas les protagonistes, et pas seulement nos quatre figures de proue, le récit apportant régulièrement son lot de souffrance non sans sadisme par moment. Alors que l’ombre du démon plane, les blessures physiques et psychiques s’accumulent et promettent de sacrés stigmates lors de la prochaine saison. Une chose est certaine : les examens de conscience vont être nombreux tant la culpabilité paraît omniprésente à chaque instant.

Série facile, mais pas gratuite ?

Néanmoins, en prenant le parti-pris de bousculer sans cesse psychologiquement la petite troupe, Titans courrait le risque de tomber dans la facilité consistant à s’y attarder trop longuement. À quelques reprises, le show retarde volontairement l’avancée du récit par des larmoiements appuyés ou des redites. Certes, rien de trop ostensible, mais par petites touches, ici et là, on sent bien que la série veut en garder sous le coude en tournant légèrement en rond. Il ne faudrait pas trop qu’elle y prenne goût au risque de se transformer en… The Walking Dead.

On lui souhaite aussi de s’améliorer en ce qui concerne le personnage de Beast Boy qui cristallise à lui tout seul deux autres soucis de la série : des effets-spéciaux un peu pauvres – un tigre numérique assez moche dans le cas présent – et un manque d’homogénéité dans le traitement des personnages, ce cher Gar étant totalement sous-exploité contrairement à ses camarades.

Des problèmes qui ne gâchent cependant rien quant à l’appréciation globale d’une série qui parvient à proposer quelque chose de différent chez DC et qu’on tendrait à rapprocher des productions Marvel chez Netflix comme Daredevil (sans atteindre son niveau de qualité attention).

Surtout que côté référence, Titans a l’intelligence d’assumer son univers sans appuyer outrageusement ses clins d’œil (coucou Gotham). En parfait exemple, on peut citer un dernier épisode largement commenté où une figure super-héroïque célèbre fait son apparition – ainsi qu’une ribambelle d’autres personnalités connues – sans que la caméra ne s’y attarde vraiment, préférant jouer avec ce qu’elle représente plutôt que son incarnation.

Une idée imparfaite, mais ingénieuse et innovante. On comprend pourquoi la production a voulu finir sur ça – et sur une scène post-générique lourde de sens pour la suite ! (Bien qu’elle ait été rajoutée en dernière minute) – plutôt que sur un douzième épisode peut-être moins symbolique.



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