Test de Sakura Wars sur PS4 par jeuxvideo.com


Sakura Wars est un de ces retours qui a défrayé la chronique au Japon. En effet, le premier Sakura Wars avait révolutionné le visual novel dès 1996 au Japon, et la série s’était complètement éteinte après Sakurai Wars V, sorti sur PlayStation 2 peu après le retrait de SEGA du marché des consoles. Figurant parmi les plus grands succès de la PlayStation 4 en 2019 malgré une sortie en toute fin d’année, Sakura Wars fut l’objet d’une véritable attente sur l’archipel. Fort d’une communication qui a réveillé les fans, SEGA peut-il raviver le mythe?

Sakura Wars, la grande guerre de SEGA s'enlise

Test réalisé à partir d’une version japonaise, sur une partie complétée de 20-30h de jeu environ

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La série Sakura Wars plonge le joueur dans l’ère Taishô (1926 – 1940), une période de l’histoire nippone dont en général personne ne parle en raison de son caractère militariste. SEGA ne prend toutefois aucun risque de controverse puisque que le Japon de New Sakura Wars est complètement imaginaire : aucune guerre entre les pays, le Japon comme le reste du monde étant en proie à l’invasion des Kôma, des démons cruels venus d’un autre monde. Pour résister à cette menace, différents pays ont développé des mechas assez puissants pour détruire les Kôma. Dans chaque nation, seule une poignée d’individus possèdent une énergie spirituelle suffisante pour piloter ces machines. Un groupe appelé le Kagekidan.

Un capitaine qui joue le maintien

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Alors que l’ère Taishô est généralement connue pour l’agressivité coloniale du Japon, pour les scénaristes de ce Sakura Wars 2020, c’est exactement l’inverse : le Japon est faible. Quand le héros Kamiyama arrive à la gare de Tokyo, il découvre avec surprise que la capitale est défendue par le Kagekidan… de Shangaï ! Douze ans après la grande guerre contre les Kôma, le Kagekidan de Tokyo ne s’est toujours pas relevé de ses pertes. L’unité japonaise s’est reformée autour de nouvelles héroïnes mais elle est maintenant considérée comme la plus faible du monde. Officier de la marine nommé capitaine du Kagekidan, Kamiyama joue un peu le rôle de l’entraîneur de la dernière chance : s’il ne bat pas les autres nations en compétition officielle, le Japon perdra sa division de mechas à jamais.

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Sakura Wars en 2020, c’est d’abord une bonne dose de nostalgie. Toute l’architecture du titre est faite pour se rappeler au bon souvenir des anciens de Sakura Taisen (nom japonais de Sakura Wars). L’arrivée de Kamiyama est par exemple parfaitement calquée sur celle de Ôkami, l’ancien protagoniste de la série. Il prend désormais d’ailleurs ses ordres de Sumiré, une héroïne très célèbre de l’épisode fondateur, dont le sale caractère en fait la personne toute désignée pour administrer la défense tokyoïte.

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Le côté historique de la franchise est également bien conservé et mieux rendu que jamais, avec notamment des décors, une architecture et des pratiques vestimentaires qui traduisent bien la réalité d’une époque dans laquelle se mêlent esprit traditionnel et occidentalisation, alors que le Japon transitionne vers cette dernière. Les connaisseurs remarqueront que l’écriture est lue de droite à gauche, fidèlement aux habitudes d’avant 1945. Anecdote amusante, le kanji dan a été remplacé par son équivalent en japonais ancien. Enfin, Sakura Wars revient avec son univers musical emblématique, à commencer par son éternel thème principal Geki! Teikoku Kagekidan, admirablement bien chanté. Ce n’est pas le seul puisque la volumineuse édition limitée japonaise proposait une rétrospective exceptionnelle de pas moins de six CD de chansons plus charmantes les unes que les autres. Les thèmes des personnages sont en outre particulièrement entraînants, au même titre que les mélodies aux points clé de l’aventure.

So Long, my Love

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24, c’est le nombre d’années qui nous sépare de Sakurai Taisen premier du nom. Les épisodes 1 et 2 de Sakurai Taisen se trouvent toutefois très facilement sur le Playstation Store japonais, dans une compilation qui tourne sur la bonne vieille PlayStation Portable. Ultra-moderne pour les années 90 avec sa partie visual novel très vivante, le titre de SEGA posait les fondements de la série : design fidèle au style d’animé de l’époque, multiples scènes cinématiques en animé, choix de dialogues en temps limité et RPG tactique. Cette dernière tradition est toutefois rompue avec ce Sakura Wars nouvelle génération qui délaisse la stratégie pour le jeu d’action. Après quelques chapitres, le gameplay tactique de l’époque a malheureusement mal vieilli, avec ses menus rigides et un certain manque de subtilités. La partie drague est à l’inverse toujours aussi fun, forte d’une richesse et d’un rendu dont bien peu de visual novels peuvent se vanter aujourd’hui.

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Sega joue sur les mots puisque Kageki peut signifier à la fois « offensive » ou « opéra ». Comme tous les sentai (super-héros japonais), le groupe de Kamiyama a donc une double vie. Quand il ne sauve pas Tokyo, le Kagekidan est une troupe de théâtre qui vit de ses représentations. Comme l’original, New Sakura Wars est scindé entre une partie combat et une partie qui mêle jeu narratif et jeu de drague, sachant que cette dernière est de loin la majeure partie du titre. SEGA reste fidèle à l’esprit originel en termes de modernité graphique : le passage à une 3D contemporaine ne brise pas la tradition et Sakura Wars a maintenant l’air d’un vrai film d’animation. Les personnages sont superbes et le travail réalisé sur les visages est époustouflant. Quelques séquences de mechas valent leur pesant d’or aussi.

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Concrètement, Kamiyama vadrouille dans le théâtre et dans la ville entre les missions pour rencontrer les autres personnages et entamer la discussion. Un choix en temps limité se présente alors au joueur, qui doit trouver la réponse qui plaîra le plus à son interlocuteur. Tous les personnages du jeu ont un niveau d’amitié envers Kamiyama, qui augmente ou diminue selon les réponses données. Notez que ce n’est réellement important que pour les héroïnes principales, qui ont chacune une fin différente. A cet égard, Sakura Wars améliore beaucoup le système par rapport au premier puisque le nombre de conversations n’est plus limité et le jeu indique l’emplacement de chaque personnage. On rate donc rien, à l’inverse de Sakura Taisen 1 où c’était beaucoup une affaire de chance.

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Niveau contenu, on est ici dans la comédie romantique la plus pure. Le jeu respecte les principes des anime du même genre, à savoir situtations improbables, quiproquos amoureux, blagues en-dessous de la ceinture et héroïnes toutes plus bizarres et caractérielles les unes que les autres. Azami, la fille de 13 ans qui se prend pour un ninja, en est la plus représentative. C’est très amusant tant les conversations sont bourrées de réactions mignonnes et ultra-drôles.

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En guise de divertissement supplémentaire, SEGA a (ré)introduit un jeu complet de Hanafuda, leg symbolique du premier Sakura Taisen qui le proposait déjà à l’époque. C’est un mini-jeu très long puisqu’on y affronte tous les personnages du jeu (même les adversaires). Ce jeu de cartes asiatique consiste à réunir des combinaisons de cartes plus ou moins puissantes pour marquer des points, ceux-ci étant retirés au perdant en fin de manche. Attention, les concurrents ont pas mal de chance en plus de commencer avec un bonus de points par rapport à vous… et on parle là du mode facile!

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SEGA a donc fait pas mal d’efforts dans la réalisation mais on aurait vraiment aimé qu’ils aillent jusqu’au bout. Deux déceptions assombrissent le tableau, dont les doublages. Certes, Sakura Wars comporte d’excellents doublages car la firme a fait appel à toutes les stars du milieu, (Nana Mizuki, Saori Hayami, Tomokazu Sugita pour ne citer que les plus éminents), mais on regrettera que beaucoup de scènes secondaires soient uniquement textuelles. La pratique n’est pas rare chez les éditeurs nippons, mais voir les personnages faire des grands gestes sans le moindre son fait quand même sacrément bizarre, un peu comme si les développeurs avaient voulu remettre Charlie Chaplin au goût du jour. Enfin, le jeu a beaucoup trop souvent recours à de simples illustrations pour raconter diverses scènes, dont l’inévitable instant où Kamiyama vient mater ses coéquipières dans les bains. Dommage d’avoir un super moteur 3D si on en profite pas à fond.

Un système de combat mécha-rouillé

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Sakura Wars laisse tomber vingt ans d’histoire de RPG tactique pour se lancer dans un gameplay action. Remarquez qu’on ne dit pas ici Action-RPG, car au final il n’y a strictement aucun aspect jeu de rôle : pas de statistiques, pas de points d’expérience ni d’évolution des personnages ou des machines. Quoi qu’il en soit, après de longues missions, on peut se demander si ce changement était vraiment pertinent. La jouabilité ne donne pas d’excellentes sensations, les mouvements comme l’esquive étant excessivement rigides. La palette de coups des mechas est réduite, et les unités à distance sont horribles à jouer avec leurs deux petites actions répétitives à souhait. Certes, les filles ont toutes une super attaque avec une cutscene également super jolie, mais c’est à peu près tout ce qu’il y a de réjouissant. La disposition des boutons est en outre loin d’être optimale et elle n’est pas réglable, au grand dam de ceux que voudraient retrouver leurs habitudes de God Eater par exemple.

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Mais ce n’est pas tout car le reboot de SEGA a le bien vilain défaut d’être extrêmement facile, faute en partie à des soins surabondants. Ceux-ci compenseront cependant l’IA excécrable des alliés, incapables d’attaquer si l’ennemi n’est pas à moins de cinq mètres d’eux… Il va aussi resservir le même boss pendant une bonne partie de l’aventure, ce qui érode encore davantage la motivation du joueur. Les niveaux vont même jusqu’à nous sortir des phases de plate-formes aussi inutiles que pénibles. Enfin, nous sommes devant un jeu d’action en 2020 qui n’offre pas de verrouillage ! Étant donnée l’imprécision des mouvements, il n’est pas rare de frapper à côté et c’est proprement cauchemardesque. En un mot comme en cent, Sakura Wars rate complètement le virage du jeu d’action et SEGA ne semble pas pressé d’offrir une mise à jour : lors du stream diffusé le 29 janvier, il n’a été question que de l’anime qui doit être diffusé à partir d’avril.

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Au niveau de l’écriture en général, là encore on a un peu l’impression que SEGA a fait le service minimum. Le scénario va à cent à l’heure et ne prend absolument pas le temps de poser les fondements de l’histoire. Des cinq filles, seul le passé de Sakura est vraiment détaillé, alors qu’il était capital de bien connaître toutes les héroïnes pour comprendre leur évolution dans l’histoire. Il y a pas mal de rebondissements, notamment pour Claris et Anastasia, qui arrivent comme ça, sans raison ! Il manque des pans de scénario entiers, et c’est dommage car la mise en scène a généralement de la suite dans les idées.

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L’idée du tournoi international est vraiment bonne, car les rivaux sont plutôt charismatisques et l’effervescence lors de ces rencontres est réel. On sent la hargne, la fierté, la volonté inébranlable de ces acteurs très plaisants et au caractère au demeurant très amusant. Il n’y a plus qu’à espérer une plus grande intégration de ces personnages dans un futur épisode de la série. Joli coup aussi sur Yasha : ce personnage qui rappelle fortement la Sakura d’origine s’avère être un méchant surprenant, et surtout beaucoup plus crédible que tous les autres. Ce Sakura Wars 2020 dure entre 20 et 30h, ce qui, malgré les éléments positifs cités juste au-dessus, est un peu juste pour ce genre de titre qui mêle narration et gameplay. Enfin, le PS4 share est bloqué sur les derniers chapitres, ce qui est assez difficilement justifiable vu la consistance moyenne du récit.

Les notes

+Points positifs

  • De la nostalgie en veux-tu en voilà
  • Hyper joli
  • Beaucoup de scènes hilarantes
  • Personnages très réussis
  • Le jeu de cartes

Points négatifs

  • Narration un peu simpliste
  • Combats très laborieux
  • Trop facile
  • Blocage partiel du PS4 share
  • On aurait aimé plus de doublages

Sakura Wars est un bon retour mais une mauvaise modernisation. L’aspect kawaii et humoristique est bien présent, la mise en scène de l’histoire se défend, les graphismes sont splendides mais le passage du RPG tactique au jeu d’action est un échec sur toute la ligne. Il faut le voir comme un visual novel ultra-moderne parsemé de phases d’action, mauvaises, qui faussent le rythme. Un titre qui manque en outre de substance narrative pour briller sur le plan romanesque, malgré ses nombreux personnages attachants.

Profil de Ryuzaki57

Contributeur jeuxvideo.com

14 février 2020 à 19:00:02

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